← AccueilToutes les actualités
Actualité en bref

Algérie–Mali : Alger et Bamako choisissent de renouer le dialogue

Publié le 22/08/2026 18:11:00Rédaction Africa Facts Press
Algérie–Mali : Alger et Bamako choisissent de renouer le dialogue
Après de longs mois de tensions, l’Algérie et le Mali semblent avoir décidé de tourner progressivement la page de leur crise diplomatique. La visite à Alger du Premier ministre malien Abdoulaye Maïga, reçu le 24 août par le président Abdelmadjid Tebboune, marque une nouvelle étape dans un rapprochement stratégique pour les deux voisins. Les images contrastent avec les tensions qui ont marqué les relations entre Alger et Bamako ces derniers mois. Lundi 24 août, le Premier ministre malien Abdoulaye Maïga s’est rendu à Alger à la tête d’une importante délégation. Après avoir été accueilli par son homologue algérien Sifi Ghrieb, il a été reçu par le président Abdelmadjid Tebboune. Le chef du gouvernement malien était notamment porteur d’un message du président de la Transition, Assimi Goïta. Au-delà du protocole, cette rencontre confirme une volonté politique désormais affichée des deux côtés : rétablir un dialogue direct et reconstruire une relation mise à rude épreuve. Plus de 1 300 kilomètres de frontière commune Pour Alger comme pour Bamako, la géographie impose une forme de pragmatisme. Les deux pays partagent plus de 1 300 kilomètres de frontière, dans une région confrontée à la circulation de groupes armés, aux trafics transfrontaliers et à une instabilité persistante. Le Premier ministre malien l’a résumé à l’issue de sa rencontre avec Abdelmadjid Tebboune en estimant que les deux pays étaient appelés à avancer ensemble et à travailler à la prospérité de leurs populations. Derrière cette formule se trouve une réalité stratégique : malgré leurs divergences politiques, l’Algérie et le Mali ont difficilement intérêt à laisser s’installer durablement une confrontation entre deux États voisins confrontés à des défis sécuritaires communs. Une relation profondément fragilisée Le rapprochement actuel intervient après une période particulièrement difficile. Les divergences autour de l’Accord d’Alger de 2015, la question des groupes armés du nord du Mali et plusieurs différends diplomatiques avaient progressivement détérioré les relations. La crise s’était encore aggravée après l’incident d’un drone militaire malien, abattu dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2025 près de la frontière. Alger affirmait que l’appareil avait pénétré dans son espace aérien, ce que Bamako contestait. L'épisode avait contribué à une forte dégradation des relations entre les deux voisins. Mais depuis plusieurs semaines, les signes de détente se multiplient. En juillet 2026, les deux pays ont notamment convenu du retour de leurs ambassadeurs et de la réouverture de leurs espaces aériens, préparant le terrain à une reprise du dialogue politique. Alger veut rester un acteur majeur du Sahel Pour l’Algérie, la relation avec le Mali dépasse largement les seules relations bilatérales. Le pays possède une longue frontière avec le Sahel et considère traditionnellement la stabilité de cette région comme une question directement liée à sa propre sécurité. Le rapprochement avec Bamako peut ainsi permettre à Alger de retrouver une capacité de dialogue importante dans une région dont les équilibres diplomatiques ont profondément changé ces dernières années. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont renforcé leur coopération au sein de l’Alliance des États du Sahel, tandis que les relations avec plusieurs partenaires occidentaux ont été profondément redéfinies. Dans ce nouvel environnement, l’Algérie cherche à préserver son rôle de puissance régionale tout en adaptant sa diplomatie aux nouvelles réalités du Sahel. La souveraineté au cœur du nouveau dialogue Du côté malien, le rapprochement s’accompagne cependant d’une ligne clairement affirmée. Bamako insiste sur le respect de la souveraineté nationale, la non-ingérence et la préservation des intérêts de chaque État. Ces principes avaient d’ailleurs été explicitement mentionnés par la Primature malienne avant la visite d’Abdoulaye Maïga. Le rapprochement ne signifie donc pas nécessairement que toutes les divergences ont disparu. Il traduit plutôt la volonté des deux capitales de gérer leurs désaccords par le dialogue plutôt que par l’escalade diplomatique. Vers une visite d’Assimi Goïta en Algérie ? La prochaine étape pourrait être encore plus symbolique. Selon la Primature malienne, Assimi Goïta a donné son accord pour effectuer une visite officielle en Algérie, après une invitation d’Abdelmadjid Tebboune. Si elle se concrétise, cette rencontre entre les deux chefs d’État pourrait consacrer définitivement le réchauffement actuel et permettre d’aborder plus directement les dossiers sécuritaires, économiques et énergétiques. Après des mois de tensions, Alger et Bamako semblent donc privilégier le pragmatisme. Dans un Sahel confronté à de profondes transformations, le retour du dialogue entre deux voisins partageant plus de 1 300 kilomètres de frontière constitue aussi un signal en faveur d’une coopération régionale davantage portée par les États africains eux-mêmes.