Dix-huit mois après avoir rompu sa coopération militaire avec la France et obtenu le départ des soldats français, le Tchad se rapproche de nouveau de Paris. Mais cette nouvelle relation se veut plus discrète, sans retour au modèle des grandes bases permanentes. Un virage stratégique qui interroge autant la politique de souveraineté de N’Djamena que la nouvelle stratégie française en Afrique.
N’Djamena, 22 août 2026 — Moins de deux ans après une rupture spectaculaire, le Tchad et la France se rapprochent de nouveau sur le terrain militaire. La coopération qui se dessine est cependant présentée comme différente de celle qui prévalait avant le départ des forces françaises : plus légère, plus discrète et davantage centrée sur des besoins précis de l’armée tchadienne.
Une rupture au nom de la souveraineté
En novembre 2024, les autorités tchadiennes avaient annoncé leur volonté de mettre fin aux accords de défense avec la France. Le désengagement français s’est achevé le 31 janvier 2025, avec la restitution des emprises militaires de Kossei à N’Djamena, Faya et Abéché. Environ un millier de militaires français étaient alors concernés par le retrait.
Cette décision s’inscrivait dans un contexte régional profondément transformé. Plusieurs États du Sahel avaient déjà réduit ou rompu leurs liens militaires avec Paris, tandis que de nouveaux partenaires comme la Russie, la Türkiye ou les Émirats arabes unis gagnaient du terrain sur le continent.
Le Tchad avait lui aussi cherché à diversifier ses partenariats de défense. Selon l’Institut d’études de sécurité (ISS), N’Djamena a notamment développé des coopérations avec la Türkiye et les Émirats arabes unis. Mais ces relations n’offrent pas nécessairement le même éventail de capacités que l’ancien partenariat français, notamment en matière de renseignement, de surveillance territoriale et de soutien opérationnel.
Paris et N’Djamena se rapprochent de nouveau
Le tournant politique est devenu visible le 29 janvier 2026, lorsque Mahamat Idriss Déby Itno a rencontré Emmanuel Macron à l’Élysée. Dans leur communiqué conjoint, les deux présidents ont affiché leur volonté de construire un partenariat « revitalisé », fondé sur le respect mutuel et les intérêts partagés.
Les discussions se sont ensuite étendues au domaine militaire. En juin, Le Monde rapportait que Paris et N’Djamena travaillaient à une coopération qui pourrait d’abord concerner leurs forces aériennes, avec notamment de la formation et un appui dans le domaine du renseignement, avant une éventuelle extension aux forces terrestres.
La logique est donc différente de l'ancien dispositif : il ne s'agit pas simplement de réinstaller les anciennes bases françaises et de revenir à la situation antérieure.
Un environnement sécuritaire toujours sous pression
Pour N’Djamena, ce rapprochement intervient alors que les menaces régionales restent importantes. Le bassin du lac Tchad demeure confronté à l'activité de Boko Haram et de groupes jihadistes, tandis que la guerre au Soudan constitue un autre facteur majeur d'instabilité aux frontières orientales du pays.
Dans un territoire immense, les capacités de surveillance aérienne et de renseignement représentent donc un enjeu stratégique. C'est précisément dans ces domaines que l'expérience et les moyens français peuvent redevenir intéressants pour les autorités tchadiennes.
Un retour politiquement sensible
Le rapprochement reste néanmoins délicat pour Mahamat Idriss Déby Itno. La rupture avec Paris avait été présentée comme une affirmation de la souveraineté tchadienne. Un retour trop visible de militaires français pourrait donc être perçu par une partie de l'opinion comme un recul par rapport à cette ligne politique.
L'ISS souligne également que ce rapprochement pourrait être observé avec méfiance par certains voisins sahéliens du Tchad, notamment ceux qui ont adopté une rupture beaucoup plus profonde avec la France.
C'est probablement pour cette raison que le nouveau modèle se veut plus discret. La France cherche elle-même à transformer son dispositif militaire en Afrique en privilégiant des détachements plus réduits et des coopérations répondant aux demandes des États partenaires plutôt que les grandes implantations permanentes du passé.
Ni rupture totale, ni retour en arrière
Le rapprochement franco-tchadien illustre finalement les recompositions en cours dans les relations entre la France et ses anciens partenaires africains.
Le départ des bases françaises n'a pas nécessairement entraîné la disparition de tous les intérêts communs. Pour le Tchad, l'enjeu consiste désormais à obtenir des capacités militaires et du renseignement tout en préservant l'autonomie politique revendiquée depuis 2024.
Pour Paris, le défi est inverse : rester un partenaire sécuritaire utile sans recréer le modèle de présence militaire qui a alimenté une forte contestation dans plusieurs pays africains.
Le véritable test sera donc moins le retour de la coopération que sa forme : N’Djamena peut-elle travailler de nouveau avec Paris sans donner l’impression de revenir à l’ancienne relation franco-tchadienne ?