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Rose Leke : la scientifique camerounaise qui a fait de la lutte contre le paludisme le combat d’une vie

Publié le 30/08/2026 13:14:16
Rose Leke : la scientifique camerounaise qui a fait de la lutte contre le paludisme le combat d’une vie
Scientifique, enseignante et mentor, la professeure Rose Gana Fomban Leke a consacré plusieurs décennies à comprendre et combattre le paludisme. De Yaoundé aux grandes institutions internationales de santé, son parcours raconte aussi une autre histoire : celle d’une femme africaine qui a ouvert la voie à toute une génération de scientifiques. 
Scientifique, enseignante et mentor, la professeure Rose Gana Fomban Leke a consacré plusieurs décennies à comprendre et combattre le paludisme. De Yaoundé aux grandes institutions internationales de santé, son parcours raconte aussi une autre histoire : celle d’une femme africaine qui a ouvert la voie à toute une génération de scientifiques.

Une vocation née pendant l’enfance

L’histoire de Rose Leke avec la médecine commence très tôt.

À seulement six ans, au Cameroun, elle est hospitalisée à cause d’un abcès pulmonaire. L'intervention médicale qui lui sauve la vie marque profondément l'enfant.

Elle grandit également dans un environnement où le paludisme fait partie du quotidien.

À une époque où peu de filles camerounaises poursuivent de longues études, ses parents l'encouragent pourtant à aller à l'école. Son père, enseignant, croit particulièrement en ses capacités et la pousse à poursuivre ses ambitions scientifiques.

Cette confiance familiale contribuera à tracer la voie d'une carrière exceptionnelle.

Comprendre le paludisme pour mieux protéger les femmes

Rose Leke devient immunologiste et parasitologue et consacre une grande partie de ses recherches au paludisme.

Elle s'intéresse notamment à une population particulièrement vulnérable : les femmes enceintes et leurs enfants.

Ses travaux contribuent à mieux comprendre le paludisme placentaire, les réactions immunitaires provoquées par l'infection et les conséquences de la maladie sur la mère et le développement de l'enfant.

Au fil des décennies, elle devient l'une des grandes spécialistes africaines de cette maladie et professeure émérite d'immunologie et de parasitologie à l'Université de Yaoundé I.

Une scientifique africaine au cœur des décisions mondiales

Son influence dépasse progressivement les laboratoires.

Rose Leke participe à de nombreuses instances consacrées à la santé publique et collabore notamment avec l'Organisation mondiale de la santé.

Elle s'implique dans la lutte contre le paludisme, mais également dans les efforts d'éradication de la poliomyélite et dans l'amélioration des politiques de santé en Afrique.

Elle a aussi dirigé ou participé à plusieurs institutions scientifiques africaines, notamment la Fédération des sociétés africaines d'immunologie et la Cameroon Coalition Against Malaria.

Réussir, puis ouvrir la porte aux autres

C'est probablement cette partie de son parcours qui rend son histoire particulièrement inspirante.

Rose Leke ne s'est pas contentée de réussir individuellement.

Constatant les difficultés rencontrées par les jeunes chercheuses africaines pour progresser dans leur carrière, elle s'est engagée dans leur accompagnement.

Elle a notamment participé à la création du HIGHER Women Consortium, un programme camerounais destiné à former et accompagner des femmes scientifiques.

Leadership, rédaction de projets de recherche, recherche de financements, gestion du temps : l'objectif est de leur transmettre les outils qui permettent de construire une véritable carrière scientifique.

Pour Rose Leke, transmettre est devenu une manière de rendre ce qu'elle avait elle-même reçu.

Une reconnaissance internationale

Son travail lui a valu de nombreuses distinctions.

En 2011, elle reçoit notamment le Prix scientifique Kwame Nkrumah pour les femmes de l'Union africaine.

En 2023, elle reçoit le Virchow Prize for Global Health, qui salue son engagement dans la lutte contre les maladies infectieuses et en faveur de l'égalité dans la recherche scientifique.

Puis, en 2024, elle devient lauréate du prestigieux Prix international L'Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science, pour l'Afrique et les États arabes.

L'UNESCO souligne alors non seulement ses recherches sur le paludisme pendant la grossesse, mais également sa contribution à l'éradication de la polio, à la vaccination en Afrique et à la formation des jeunes scientifiques.

Plus qu'une carrière scientifique, un héritage

Le parcours de Rose Leke dépasse finalement celui d'une chercheuse reconnue.

Il raconte comment la science peut transformer une expérience personnelle en engagement collectif.

Une enfant camerounaise marquée par la maladie est devenue l'une des grandes voix africaines de la recherche contre le paludisme. Puis, après avoir franchi les portes des grandes institutions scientifiques internationales, elle s'est attachée à les maintenir ouvertes pour celles et ceux qui arrivent derrière elle.

Son héritage ne se mesure donc pas uniquement à ses recherches ou à ses récompenses, mais aussi aux scientifiques africains qu'elle aura contribué à former et à inspirer.