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Mozambique : à Cabo Delgado, une guerre sans fin sur fond de milliards gaziers

Publié le 26/03/2026 15:40:13
Mozambique : à Cabo Delgado, une guerre sans fin sur fond de milliards gaziers
 Dans le nord du Mozambique, l’insurrection jihadiste se poursuit malgré l’intervention des forces rwandaises. Au cœur de cette guerre : Cabo Delgado, une province pauvre qui abrite pourtant d’immenses réserves de gaz et l’un des plus grands projets énergétiques d’Afrique. 

Une guerre qui dure depuis près de neuf ans

Depuis 2017, la province de Cabo Delgado, dans l’extrême nord du Mozambique, est confrontée à une insurrection armée qui a profondément déstabilisé cette région frontalière de la Tanzanie.

Les insurgés, dont une partie est aujourd’hui affiliée à l’organisation État islamique, ont multiplié au fil des années les attaques contre les forces de sécurité mais également contre les populations civiles.

Villages incendiés, assassinats, enlèvements et déplacements de population ont installé une crise durable dans l’une des provinces les plus pauvres du Mozambique.

Malgré plusieurs offensives militaires, le conflit est loin d’être terminé.

À l’issue d’une visite au Mozambique du 4 au 14 août 2026, le rapporteur spécial des Nations unies Ben Saul a estimé qu’une victoire militaire contre les insurgés ne semblait pas imminente. Il a appelé à envisager, parallèlement aux opérations de sécurité, des solutions politiques permettant de s’attaquer aux causes profondes du conflit.

Le Rwanda, acteur incontournable de la sécurité

Face aux difficultés de l’armée mozambicaine, Maputo a fait appel en 2021 au Rwanda.

Les militaires rwandais ont joué un rôle déterminant dans la reconquête de plusieurs territoires auparavant contrôlés par les insurgés et dans la sécurisation de zones stratégiques de Cabo Delgado.

Cette présence est devenue essentielle pour le gouvernement mozambicain.

En mai 2026, Kigali a annoncé que le Mozambique avait obtenu les financements nécessaires à la poursuite du déploiement des forces rwandaises dans la province.

Le Rwanda est ainsi devenu l’un des principaux acteurs sécuritaires d’une région située à plusieurs milliers de kilomètres de son propre territoire.

Une province pauvre assise sur une immense richesse

Cabo Delgado possède une particularité qui donne au conflit une dimension économique et géopolitique majeure.

Au large de ses côtes se trouvent d’immenses réserves de gaz naturel.

Le projet Mozambique LNG, situé dans la péninsule d’Afungi et opéré par TotalEnergies, doit exploiter une partie de ces ressources.

Le projet prévoit deux unités de liquéfaction capables de produire ensemble environ 13 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié par an.

Il pourrait faire du Mozambique un important exportateur mondial de GNL.

Mais en mars 2021, une offensive spectaculaire des insurgés contre la ville de Palma, située à proximité du projet, avait bouleversé ces ambitions. L'aggravation de la situation sécuritaire avait conduit à l’évacuation du personnel et à la déclaration de force majeure.

Pendant plusieurs années, l’un des plus importants investissements privés jamais réalisés en Afrique est ainsi resté paralysé.

TotalEnergies relance Mozambique LNG

La situation a changé.

Après la levée de la force majeure en novembre 2025, le gouvernement mozambicain et TotalEnergies ont annoncé le 29 janvier 2026 la reprise complète des activités terrestres et offshore de Mozambique LNG.

Les travaux ont donc repris sur le site d’Afungi.

Cette décision constitue un tournant économique majeur pour le Mozambique, mais elle repose directement sur l’amélioration de la sécurité autour des installations.

Le gouvernement a d’ailleurs confirmé, au moment du redémarrage, la poursuite de sa coopération sécuritaire avec le Rwanda.

Le lien entre sécurité et exploitation du gaz apparaît désormais clairement : le succès de l’un des projets économiques les plus importants du pays dépend en partie de la capacité de Maputo et de ses partenaires à empêcher les insurgés de reprendre pied dans les zones stratégiques.

Le paradoxe de Cabo Delgado

La situation révèle surtout un paradoxe.

Cabo Delgado est une région extraordinairement riche en ressources naturelles mais dont une grande partie de la population reste confrontée à la pauvreté et au manque d’opportunités économiques.

Les frustrations sociales, le chômage des jeunes, les inégalités et le sentiment d’exclusion d’une partie de la population locale figurent parmi les facteurs régulièrement évoqués pour comprendre l’enracinement de l’insurrection.

Le défi pour le Mozambique ne consiste donc pas uniquement à éliminer militairement les groupes armés.

Il s’agit également de démontrer aux habitants que l’exploitation des ressources naturelles peut améliorer leurs conditions de vie.

Une guerre désormais au cœur d’enjeux internationaux

Le conflit de Cabo Delgado dépasse aujourd’hui largement les frontières du Mozambique.

L’État mozambicain combat une organisation affiliée à l’État islamique avec le soutien militaire du Rwanda, tandis que des groupes énergétiques internationaux investissent des milliards de dollars dans l’exploitation du gaz de la région.

Sécurité, énergie, investissements étrangers et développement local sont désormais étroitement liés.

La reprise de Mozambique LNG montre que les investisseurs considèrent la situation suffisamment stabilisée pour revenir. Elle ne signifie cependant pas que l’insurrection a disparu.

Les combattants restent actifs et les Nations unies avertissent qu’une victoire militaire ne paraît pas proche.

Pour le président Daniel Chapo, l’enjeu sera donc double : sécuriser durablement Cabo Delgado et faire en sorte que la future manne gazière bénéficie réellement au Mozambique.

Faute de quoi, le pays pourrait se retrouver face au même paradoxe qui nourrit la crise depuis des années : une population pauvre vivant sur l’une des plus grandes richesses énergétiques du continent.